Banques : un hold-up légal et programmé ?

BRRD : une inconnue bientôt très connue

Le 20 août dernier, une simple et banale ordonnance a transféré en droit français une directive de la commission européenne décisive pour l’avenir des épargnants français. Cette directive est certainement appelée, hélas, à quelque notoriété. Il s’agit de la directive sur le redressement et la résolution des crises bancaires ou BRRD (Bank Recovery and Resolution Directive).

Des conséquences plus que fâcheuses pour les épargnants

Au-delà des aspects techniques d’une telle directive, il faut en retenir les conséquences financières qui peuvent se révéler dramatiques pour les épargnants français. On les cerne aisément en examinant la déclaration de Jonathan Hill, commissaire européen chargé de la stabilité financière, des services financiers et de l’union des marchés de capitaux:

«La directive sur le redressement et la résolution des défaillances bancaires dote pour la première fois les autorités publiques de toute l’Europe d’un large éventail de pouvoirs et d’instruments pour faire face aux défaillances bancaires tout en préservant la stabilité financière. Désormais, ce seront les actionnaires des banques et les créanciers qui supporteront les coûts et pertes liés aux défaillances plutôt que les contribuables

En clair, pour éviter la faillite des Etats, ce ne sont plus les Etats qui pourvoiront à l’indigence des banques menacée de faillite, mais tous les actionnaires de la banque en difficulté, ainsi que tous ces créanciers ; et parmi ces créanciers, il ne faut pas seulement inclure, par exemple, les maisons d’assurances, mais aussi les simples et braves épargnants que nous sommes!

Un hold-up programmé, mais en langue de bois, SVP !

Dans la langue de bois des technocrates, on passe du « contribuable » au « créancier ». Dans celle des financiers, au « bail-out » de la crise de 2008 succède le « bail-in », c’est-à-dire qu’on passe d’un « renflouement externe » des banques à une « recapitalisation interne ». Deux petites opérations sémantiques censées rendre indolore le futur hold-up programmé des comptes bancaires des français et faire oublier que cette directive vise à généraliser l’expérience scandaleuse des épargnants chypriotes lors de la crise de 2008 !

Des fonds de garantie insuffisants

Bien sûr, on ne manquera pas, ici et là, de rappeler que les dépôts bancaires seront garantis dès lors qu’ils ne dépassent pas 100 000 euros. Ouf, pense-t-on, seul les riches payeront la facture que les Etats trop endettés ne peuvent plus régler seuls ! La réalité est cependant plus compliquée. De l’avis de tous les analystes, les fonds censés garantir les dépôts bancaires (lesquels dépôts sont constitués conjointement par les banques et les Etats), ne sont pas pour l’heure suffisants.

On évoquait à ce sujet, il y a peu, un fond de résolution européen qui aurait été doté de 55 milliards d’euros d’ici à 2024. L’idée, en soi intéressante, est pour l’instant au point mort, dans la mesure où l’Allemagne vient de s’y opposer. Certains jugent, de toute façon, que cette capitalisation serait insuffisante pour face à la faillite d’une banque importante. Songeons, en effet, que les Etats-Unis d’Amérique ont dû débourser, en 2008, pas moins de 245 millions de dollars pour sauver leur système bancaire de la faillite !

Quand on sait que le fond de garantie des dépôts bancaires en France se monte, pour l’heure, à 3 milliards d’euros, on peut légitimement craindre que la spoliation de l’épargne ne touche pas qu’une frange limitée de français ! On annonce certes que les actionnaires et les divers créditeurs devront participer à hauteur d’au moins 8 % aux pertes de la Banque, avant que l’Etat sorte le moindre sou. Mais il s’agit là d’un plafond et non d’un plancher ! Rien de rassurant, donc, en tout ça.

Et si l’on pense que la France, tout compte fait, n’est pas Chypre et que tout cela ne nous concerne que de très loin, il y a fort à parier que nous faisons complètement fausse route. La preuve est que la directive vient justement d’être fraîchement utilisée en Autriche, début 2015, dans le plus grand silence médiatique. Or, que l’on sache, l’Autriche ne fait pas particulièrement partie des pays européens en difficulté !

Revoir la gestion de son épargne : une urgence

L’épargne des français n’est plus en sécurité. Il est par conséquent urgent de chercher des solutions alternatives, avant que le désastre n’arrive et que nous n’ayons plus que nos yeux pour pleurer. Le système bancaire n’est plus viable. De fait, il n’a pas été assaini par la crise de 2008 et il continue d’être exposé à des actifs toxiques. Pourquoi ? Simplement parce qu’il ne peut se passer, structurellement parlant, de spéculer sur les marchés financiers (c’est un fait avéré : les activités traditionnelles des banques ne sont plus aujourd’hui assez rentables).

Si diversifier ses placements au sein des systèmes bancaires reste une solution temporairement acceptable, ce n’est toutefois qu’un pis-aller, car le risque systémique existe: la faillite d’une seule grosse banque peut induire une faillite en chaîne de tous les autres acteurs du système bancaire, ainsi que des compagnies d’assurance censées leur venir en aide ! Mieux vaut donc rabattre une partie au moins de son épargne sur des biens qui craignent moins les fluctuations violentes et imprévisibles du monde financier: l’immobilier, la forêt, l’or, etc.

Face à une économie de plus en plus virtuelle, la sagesse est certainement de revenir aux biens réels, c’est à dire à des biens qui ont une valeur intrinsèque, une valeur normalement décorrélée des marchés financiers (le fait est qu’aujourd’hui les biens réels peuvent eux-mêmes être pris dans une bulle spéculative, même s’ils n’ont pas la volatilité des produits purement financiers).

mars 31, 2017

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