Invoquer la loi martiale, ce n’est pas simplement tourner une page de la Constitution : c’est accepter que l’État suspende ses propres règles au profit du commandement militaire. Au Canada, personne n’emploie littéralement le terme dans les textes, mais la décision, elle, reste entre les mains du gouvernement fédéral. Rien n’est gravé dans une loi spécifiquement dédiée ; le flou persiste sur les contours exacts du dispositif.
Dans ce contexte, les autorités civiles se voient dessaisies tout ou partie de leurs prérogatives, l’armée prenant le relais. Cette bascule ne nécessite pas forcément un feu vert du Parlement avant d’entrer en vigueur. Les garanties judiciaires habituelles s’effacent alors, temporairement, parfois sans qu’aucune chambre ne soit consultée.
Comprendre la loi martiale : définition et origines historiques
La loi martiale s’impose dans les situations extrêmes : elle marque le passage du pouvoir civil à l’autorité militaire. Cette prise de contrôle ne relève pas d’un caprice. Il s’agit d’une réponse à des menaces graves, où l’ordinaire des lois cède la place à l’exception. Depuis le XIXe siècle, l’Occident s’est habitué à ce terme, souvent dans l’ombre des crises armées ou des révoltes internes. Pays après pays, la définition de la loi martiale varie, mais l’idée reste identique : donner à l’armée des pouvoirs exceptionnels pour contenir un péril immédiat.
Remontons plus loin. L’origine de la loi martiale se niche dans l’Angleterre médiévale, cette « martial law » réservée aux périodes de chaos. L’Empire britannique en a ensuite façonné les contours, au fil de ses codes et décrets. En France, l’expression ne figure pas dans la loi, mais l’« état de siège » reprend l’essentiel de ses mécanismes depuis 1791. D’autres pays, comme la Corée du Sud ou l’Ukraine, ont inscrit dans leurs textes les modalités d’application de la loi martiale, souvent en réaction à des bouleversements récents.
Quelques exemples concrets d’utilisation
Pour illustrer la réalité de ce régime d’exception, voici quelques situations où la loi martiale a été décrétée :
- En Ukraine, la loi martiale a été déclarée plusieurs fois depuis 2014, puis appliquée à l’ensemble du pays après l’invasion russe de 2022.
- En Corée du Sud, elle a pesé sur la vie politique, notamment sous Chun Doo-hwan, avant que le président Yoon Suk Yeol ne lève ce régime dans une période de tensions régionales.
La loi martiale n’est donc pas une mesure anodine. Elle s’impose en dernier recours, à la lisière du droit constitutionnel et de la gestion de crise.
Qui détient le pouvoir de proclamer la loi martiale en France ?
En France, le terme « loi martiale » n’apparaît nulle part dans les textes actuels. La législation ne reconnaît qu’une équivalence : l’état de siège. Hérité du XIXe siècle, ce mécanisme reste le plus proche de la loi martiale au sens classique.
Le gouvernement détient l’initiative. L’état de siège peut être imposé par le conseil des ministres, sur tout ou partie du territoire, « en cas de péril imminent résultant d’une guerre étrangère ou d’une insurrection armée » (article 36 de la Constitution). Si la mesure doit se prolonger au-delà de douze jours, le Parlement français doit donner son accord. Même en pleine tourmente, la séparation des pouvoirs garde sa place.
Concrètement, l’état de siège opère un transfert de responsabilités : l’autorité militaire prend la main sur des domaines jusqu’alors réservés aux autorités civiles, notamment en matière de sécurité, de contrôle des mouvements et de perquisitions. La justice militaire peut s’occuper de certaines infractions, là où les juridictions civiles auraient normalement compétence. Ce régime d’exception bouleverse donc l’État de droit, mais tout reste encadré, du moins en théorie, par la surveillance des institutions républicaines.
La Cour suprême ne décide pas directement ; le Conseil constitutionnel et les tribunaux administratifs peuvent en revanche être sollicités pour contrôler la légalité des mesures adoptées. Ainsi, la proclamation de l’état de siège, l’équivalent français de la loi martiale, demeure une décision de l’exécutif, surveillée de près par le Parlement et le juge.
Fonctionnement et conséquences concrètes lors de l’application
L’entrée en vigueur de la loi martiale ou, en France, de l’état de siège, bouleverse l’organisation quotidienne du pays. Ce régime s’appuie sur une transmission directe de pouvoirs à l’autorité militaire, dans un objectif constant : rétablir l’ordre public et protéger la sécurité collective.
Voici concrètement ce que cela implique :
- Couvre-feu : déplacements strictement limités, parfois pendant de longues périodes.
- Réquisitions : biens ou personnes peuvent être mobilisés pour la défense ou le maintien de l’ordre.
- Contrôles renforcés : perquisitions sans autorisation judiciaire, surveillance des communications, filtrage aux frontières.
- Restrictions des droits : réunions publiques, manifestations ou presse peuvent être suspendues ou très fortement encadrées.
La justice militaire prend parfois le relais de la justice civile pour certaines infractions. L’application de la loi martiale chamboule ainsi l’équilibre institutionnel, écartant plusieurs protections garanties par l’état de droit. L’Ukraine, depuis 2022, a connu la mobilisation générale, des restrictions de sortie du territoire pour les hommes en âge de combattre et une censure accrue. En Corée du Sud, le souvenir d’un usage de la loi martiale à des fins de contrôle politique reste vif, notamment sous la présidence de Yoon Suk Yeol.
En réalité, la mise en œuvre de la loi martiale va bien au-delà d’un simple outil de gestion de crise : elle introduit un régime d’exception, caractérisé par des libertés fondamentales suspendues et une concentration du pouvoir dans les mains de l’armée, tout cela au nom de la sécurité nationale.
Loi martiale, état de siège, état d’urgence : quelles différences fondamentales ?
On confond souvent les termes, mais leurs implications n’ont rien d’équivalent. Loi martiale, état de siège et état d’urgence relèvent tous de situations d’exception, chacun avec ses propres règles et objectifs. Leur point commun ? Autoriser l’État à prendre des mesures extraordinaires face à des menaces majeures. Mais leurs logiques divergent complètement.
L’état de siège, instauré en France depuis 1849, transfère une partie des pouvoirs civils à l’armée : perquisitions, contrôle de la presse, interdiction de rassemblements. Contrairement à la loi martiale, notion d’origine anglo-saxonne, il s’agit d’un cadre clairement codifié dans le code de la défense, déclenché par décret ministériel et, pour sa prolongation, soumis à l’aval du Parlement.
L’état d’urgence relève d’une logique différente. C’est un régime civil, conçu pour affronter les dangers graves sans transfert de pouvoirs à l’armée. Les autorités civiles conservent la main, les mesures restent ciblées : assignations à résidence, contrôles administratifs, restrictions de déplacement. Les tribunaux civils gardent leur compétence, les limitations de droits sont balisées.
| Régime | Décideur | Nature des pouvoirs |
|---|---|---|
| Loi martiale / État de siège | Autorités politiques, transfert vers autorités militaires | Pouvoirs de police, justice militaire, suspension large des libertés |
| État d’urgence | Autorités civiles | Pouvoirs administratifs accrus, contrôle judiciaire maintenu |
La frontière est nette : loi martiale et état de siège font basculer le pays vers une logique militaire, tandis que l’état d’urgence maintient le pilotage civil. Mais dès que l’exception s’installe, la vigilance s’impose : la ligne entre sécurité et libertés n’a jamais été aussi ténue.


